15 - POURQUOI PRIER?



Pourquoi prier? Une recherche empirique a constaté il y a quelque temps que ceux qui prient vivaient plus sainement. Ils sont calmes et paisibles, de bonne humeur et joyeux. En quoi consiste alors la nature de la prière?
Dans toutes les religions et cultures les hommes croient en une réalité dernière. Les uns l’appellent Dieu, d’autres Brahman ou Tao, ou Nirwana. La prière est l‘effort conscient de se relier à cette réalité. La prière ne connaît pas de religion, pas d’époque ni d’espace, elle est une expérience transcendantale. La prière met en unité avec la réalité dernière.
Prier présuppose une certaine polarité entre Dieu et l’homme, entre l’absolu et le relatif, entre la finitude et l’éternité, le mortel et l’immortel, la perfection et l‘imperfection. La prière jette un pont de l’immanence à la transcendance, de l’humain au divin. Lorsque l’humain et le divin se trouvent, il en résulte une expérience qui se vit mais ne s’explique pas. L’homme est appelé à grandir et mûrir dans ce processus.
La prière est la respiration de l’âme. Un jour, un jeune athée demanda à un viel homme:  Que fais-tu là? Je prie. Alors il se moqua de lui et lui demanda ce qu’il en retirait. Là-dessus le vieillard l’attrapa au cou et l'égorgea. Celui-ci se mit à crier: Mon Dieu, au secours. Le vieux répartit:  Vois-tu, bien des gens ont besoin de ce genre de pression sinon ils n’en viendraient jamais à prier. A cela j’aimerais ajouter que la prière est aussi indispensable que l’air à la respiration. Il est décisif que nous nous rapprochions de Dieu et le gardions au coeur. Pour parler simplement, la prière n’est rien d’autre que l’expérience de la présence de Dieu – toujours et partout.

Si la prière est une démarche du coeur vers Dieu, alors il s’ensuit qu’elle est aussi une démarche vers l’homme. Nous ne pouvons par exemple pas aimer Dieu sans aimer les hommes et inversement. Nous n’avons pas deux coeurs, l’un pour Dieu et l’autre pour nos semblables.
La prière est une relation Dieu-homme qui se situe à un niveau hautement existentiel. On peut alors se poser la question: où en suis-je avec Dieu? On ne peut en juger que par notre comportement vis-à-vis de nos semblables. La qualité de nos relations aux autres décide de la qualité de notre relation à Dieu.
„Où en suis-je avec Dieu?“ trouve sa réponse dans „où en suis-je avec mes semblables?“
La prière et les relations humaines vont main dans la main. Car le noyau de la spiritualité chrétienne consiste en l‘amour de Dieu et l‘amour du prochain.
L’homme qui prie est aussi un homme qui aime. Comme l’exprime si exactement Franz Jalics, les relations humaines sont le thermomètre de notre relation à Dieu. La sensibilité aux relations humaines et la prière se développent parallèlement.
Il nous est bénéfique dans la prière de ne pas nous situer par rapport à un idéal lointain et inaccessible, mais de partir de la réalité. Nous avons tendance à idéaliser notre relation à Dieu en fonction de nos désirs.Cependant si nous partons de la réalité nue de notre vie pour évaluer notre relation à Dieu, notre point de vue devient réaliste, sans que se perdent en nous l’amour et l’espérance chrétienne du salut. Oui – la prière est finalement une expérience d’unité – unité dans l’amour de Dieu et de la création entière.

On ne prie jamais seul. On prie avec Jésus et Jésus prie avec nous. La première communauté chrétienne priait ensemble. Elle était convaincue de cette parole de Jésus: „Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux“. Ainsi pour les chrétiens la prière est centrée sur le Christ. Jusqu’aujourd’hui nous célébrons l’Eucharistie en communauté. Saint Paul dit là-dessus: „Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! (Gal 4,6).

16 - PRIÈRE – DIALOGUE DU COEUR


Un jeune homme alla un jour trouver son gourou et lui demanda de lui apprendre à prier.
" Pourquoi?“, demanda le maître.
„Je veux connaître l’art de la prière“, mais le gourou refusa.
Après quelques jours le garçon revint et répéta sa demande.
„Pourquoi?“ redemanda le gourou.
„Je veux devenir maître de prière comme toi“. Le maître lui dit: „Non, je ne peux pas faire cela.“
Alors que la demande se répétait un peu plus tard:
„Je veux devenir un homme de prière“. Le maître accepta: „Bien, je vais t’y aider“.
La prière n’est pas une reconnaissance du bout des lèvres. Ce n’est pas une exhibition, la prière est une expérience toute personnelle et profonde du silence. Un apprentissage par l’expérience. (Learning by doing). L’essentiel étant la récollection intérieure.

Prier c’est tout laisser aller. Etre tel qu’on est. Au coeur même de la distraction trouver le silence, trouver le coeur. La prière du coeur consiste en l’art du silence intérieur. La prière doit s’élever à devenir une occasion de toute la journée, de toute l’année, de toute la vie. Elle revient finalement à aimer nos frères et nos soeurs de tout notre coeur.
La prière est un mouvement venu de l’intérieur.
La prière n’est pas un geste des mains, mais bien plutôt une disposition du coeur. La prière est communication de coeur à coeur. Mais en même temps une relation de coeur à coeur. Les familles et les communautés ne deviennent vivantes qu’au moment où une relation de coeur à coeur s’instaure. Les échanges et réactions humaines dépendent de l’éthique suivante: le respect de l’autorité, la politesse envers les amis, l’amabilité dans les contacts avec les sous-ordres. Mais avant tout domine l’amour en tout. L’amour ne connaît ni différence, ni rang, ni discrimination.
Pensons au bon et au beau, pensons à la bonté et à l’amabilité. Tout cela vient du coeur. Car on ne voit bien qu’avec le coeur! Si tu penses avec le coeur, alors tu comprendras les hommes. Tout dépend de ton coeur. Citons Kalil Gibran: Une femme disait à un homme: „Je t’aime“. Et l’homme répondit: „Je suis touché au coeur d‘être digne de ton amour“. Alors la femme: „Tu ne m’aimes donc pas?“ Sur quoi il la regarda simplement sans répondre. Alors la femme se mit à crier: „Je te déteste!“. Et l’homme: „Cela me touche au coeur d’être digne de ta haine“.
En effet le coeur éclaire la raison. Ce qu’il y a de plus beau est caché aux yeux. Lorsque le coeur est totalement libéré de la méfiance et de l’égoïsme, la paix peut se frayer un chemin. Un peu de lumière perce l’obscurité. Nous pouvons soudain dire: tu apportes de la lumière dans l’obscurité de ma vie.
La prière n’est pas un mouvement du corps ou des sens, mais du coeur. Le coeur du priant se transforme. Lorsque le coeur prie, la prière devient une affaire de coeur. Mème la plus petite prière est grande devant Dieu si elle est faite avec coeur. Non seulement notre travail de chaque jour, mais toute notre vie peut être sanctifiée par la prière du coeur, par l’élan du coeur vers Dieu. Le texte de la prière est assimilé et le coeur commence alors à prier; ainsi la prière devient un mouvement du coeur.

La prière est un acte profondément intérieur, elle est une expérience des profondeurs. Elle fait du priant un être intériorisé. La prière devient vie, la vie devient prière. Et ce que nous demandons grandira et s’épanouira en nous.


Aujourd'hui je fais fausse route,

Demain ce sera toi.

Pardonne l’aujourd’hui,

Pardonne chaque jour,

C’est le chemin céleste.

17 - DON DU COEUR


Quelle est la mesure du coeur? L’amour. Quelle est la mesure de l’amour de Dieu? Il est sans aucune mesure. L’amour vrai est sans mesure comme Dieu est sans mesure. La joie vraie est sans mesure comme Dieu est sans mesure.
L’amitié vraie est une relation du coeur, un témoignage de disponibilité totale. Vous connaissez sans doute l’artiste Albrecht Dürer et son grand ami Franz Knigstein, artistes doués, à qui manquait l’argent pour leurs études. Ils décidèrent alors que l’un des deux travaillerait pour financer les études de son ami. Mais qui devait travailler et qui devait étudier? Le hasard favorisa Dürer. Il fit ses études et en revint diplômé. Lorsqu’il alla rejoindre son ami, il le trouva agenouillé dans un coin occupé à prier les mains jointes. Ses mains étaient devenues calleuses et vieillies par les durs travaux. Cela toucha Dürer qui entreprit de dessiner ces mains en prière. Ce tableau est aujourd’hui mondialement connu. Il est le testament d’un grand sacrifice.
Le coeur se trouve toujours plus fort de devoir battre pour autrui. La prière a toujours un vis-à-vis.

Aimer – plutôt que haïr,
sourire – plutôt que gronder,
guérir plutôt que blesser,
donner et pardonner,
sans condition, sans attente.

Les rougeurs du levant, éclat du soleil,
emplissent les yeux d‘une grâce céleste,
la chaleur des rayons revigore,
le chant des oiseaux annonce un renouveau,
celui du jour nouveau.
Dans la gloire un éclat d’éternité est annoncé.

Les fleurs s’ouvrent, chantent et dansent.
Les rougeurs du levant pénètrent ton coeur
comme ils ouvrent les fleurs.
Incline-toi au couchant du soleil,
garde le silence dans la prière!
Que ta prière s’élève,
que la bénédiction vienne sur toi
et renouvelle la face de la terre.


Dépose en confiance tes soucis

auprès du Seigneur qui te fait confiance.

Réclame de la vie

non ce que tu veux,

mais ce dont tu as besoin.

18 - LE COEUR LIBÉRÉ


Les prières libèrent. La prière n’est ni une fuite ni l’opium des pauvres. Elle est un voyage intérieur. Elle libère et donne la paix du coeur.
Un homme perdit un jour toute sa fortune et alla, désepéré, trouver son gourou: „Je n’ai pas le coeur en paix“. Sur quoi son maître répondit: „Viens, nous allons méditer“. L’homme tenta de rester tranquille un instant mais ne put poursuivre. Il se leva et sortit. Le maître commenta: „Un oiseau sans ailes ne peut pas voler. Un oiseau qui s’accroche à la branche ne peut pas non plus voler“.
La nature est la plus belle et la plus grande révélation de Dieu. Notre monde révèle l’oeuvre de Dieu et elle est bonne. A nous de préserver sa grandeur.
Ouvrons le livre de Dieu: la création, la nature! Lisons, goûtons, assimilons, remercions et louons-en le Seigneur!
Nous parlons souvent trop et agissons trop peu. Pourtant il vaut toujours mieux allumer une lampe que maudir l’obscurité. Aimons les pécheurs, détestons le péché! Il faut aimer ce qui est bon, beau, magnifique.

Seigneur conduis-moi vers la perfection malgré mon incapacité.
Fais de moi une lumière qui chasse l’obscurité.
Accorde-moi indulgence et patience envers les impatients
douceur envers la rudesse, bonté envers la détresse.

Seigneur, aide-moi à dire la Vérité, même là où il serait plus avantageux de mentir.
Fais de moi un outil de paix là où règne la discorde. 
Mets-moi au silence, afin que je puisse recommencer à parler.
Fais de moi une source d’espérance au coeur de la désespérance.
Mets en moi Seigneur un esprit pur et clair, un coeur courageux et humble, prêt à entendre et retenir qu’il m’est donné de te servir et de servir les autres en toi.
Ceci afin de faire à travers mes prochains quelque chose de beau et noble pour Jésus.

"Priez sans cesse" (Eph 5,20). Il y a une différence entre prier et dire des prières. Beaucoup croient ne pas avoir le temps. Alors que ceux-là mêmes devraient prier plus! Ils ont besoin de la force de la prière. Isaac, le chanteur, dit un jour cette chose très touchante: „A chaque fois que je suis en difficulté, je prie. Comme je suis toujours en difficulté, je ne laisse pas passer un jour sans prier!“
En faisant l’expérience de Dieu l’homme se distance de lui-même. Il se centre sur le Christ. La prière éveille en lui de se réjouir de Jésus dans un élan amoureux. On peut lire dans sa vie l’amour de Jésus-Christ. Il peut dire avec saint Paul: Si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Gal 2, 20). François de Sales dit: "Celui qui a conquis le coeur de l’homme possède l’humanité entière." Cette relation au Christ engendre une transformation telle que la veut Jésus, car toute action se fait dans une intention charitable.
Ainsi comprise la prière chrétienne est l’amour en parole.
La vraie prière est plus qu’un acte intérieur, c’est de l’amour qui s’offre. Nous l’approchons souvent à la périphérie et laissons l’essentiel de côté. Maître Eckhart disait qu’il existe de „bonnes personnes“ qui se freinent elles-mêmes en s'en tenant au repentir et à la pénitence au lieu de reconnaître les signes qui conduisent à la vérité pure.
Pour nous chrétiens la communion intérieure avec Jésus est vitale. La prière agit comme une télécommunication avec lui et fait grandir et s’épanouir la relation à Dieu. La prière dans les religions du monde devrait avoir pour but de réconcilier les hommes.

Recette: Commencer sa journée par la prière et en garder 24 heures le parfum. Se laisser pénétrer de la présence de Dieu: en pensée, en paroles et en actes – commencer et achever la journée avec Dieu!

19 - COEUR EN BERNE – SENS DE LA SOUFFRANCE



Y a-t-il un sens à la souffrance? Viktor Frankl, fondateur de la logothérapie, nous dit que s’il y a un sens à la vie, alors il y a aussi un sens à la souffrance et à la mort. Un jour un vieux praticien fit remarquer qu’il ne trouvait plus aucun sens à la vie: sa femme qui avait été tout pour lui était morte. Il ne pouvait plus se distancer de ce décès. Frankl lui demanda alors ce qui serait arrivé s’il était décédé avant sa femme. „Elle aurait sans aucun doute été désespérée“. „ Voyez-vous, cela lui a été épargné et c’est vous qui le lui avez épargné, évidemment au prix que vous devez désormais être en deuil d’elle“. Avec cette prise de conscience la souffrance de cet homme avait soudain pris un sens: le sens du sacrifice. Bien qu’il n’ait pu changer son destin, du moins son optique avait-elle changé. Le destin lui avait refusé le cadeau de pouvoir définir le sens de la vie en fonction de l‘amour, mais ce même destin lui offrait la possibilité de s’y laisser confronter, de s’y adapter et d’y voir un cadeau.
Qu’est-ce qui provoque la souffrance? L’envie? La jalousie? L’illusion? L’impuissance à changer la situation? Je dirais que toute souffrance provient de l’incapacité de l’homme à se trouver lui-même et à se forger une vie intérieure.
Imaginez que vous assistiez à un concert dans une grande salle et entendiez la plus magnifique musique qui soit. Il vous vient soudain à l’esprit que vous avez oublié de verrouiller votre voiture. Vous vous tourmentez. Vous ne pouvez ni sortir pour la fermer, ni continuer à vous concentrer sur la musique. Vous voilà pris entre deux feux. Eh oui – de la souffrance que nous avons provoquée nous sommes nous-mêmes responsables. Dieu n’y est pour rien.
D’où vient la souffrance? Elle est le résultat d’une activité mentale, de nos images mentales. Parfois l’esprit trouve aussi un répit et tout va bien. Et puis il se remet à travailler et produit ce que Bouddha nomme des images mentales. La raison commence à juger, à évaluer, elle se lance dans toutes sortes de considérations. Elle évolue dans une certaine direction suivant laquelle elle juge les choses, estime les gens, les événements. Et c’est de ce jugement, de cette sous-estimation et de ces images mentales que résulte la souffrance. Finalement tout trouve son origine dans le mental. A celui qui est pur, tout paraît pur, à l’impur tout paraît impur. Là où la raison ne pose aucun jugement, il n’y a pas de souffrance ni non plus d’autre émotions. Il n’y a que la joie pure. Dans le monde oriental Dieu est pure félicité, sérénité. Celui qui éprouve dans son coeur le divin en toutes circonstances, celui-là reste toujours heureux.

Je me rappelle l’histoire d’un paysan. La seule possession de cet homme était un cheval. Son fils s’occupait du cheval et faisait divers travaux. Un jour le cheval disparut dans la forêt et le paysan en fut très triste. Ses voisins vinrent le consoler: „Quel malheur, quel dommage d’avoir perdu ton cheval, ta seule source de revenus!“ Mais le paysan répondit: „Que ce soit bien ou mal, qui le sait?“ Après trois jours le cheval revint de la forêt avec deux autres chevaux. Les voisins revinrent et dirent: „Quelle chance tu as, maintenant tu as trois chevaux!“ Le paysan répondit à nouveau: „Chance ou malchance, qui sait?“
Le fils trop enthousiaste voulut apprivoiser les nouveaux chevaux, mais le plus sauvage le jeta par terre et il se cassa la jambe. Les voisins vinrent et lui redirent: „Quel malheur, quel dommage que ton fils ne puisse plus travailler! „ Et le paysan reprit tout tranquillement : „Que ce soit bien ou mal, qui le sait?“ Alors s’abattit une grande guerre sur le pays et tous les jeunes hommes durent partir au combat. Lorsque les officiers vinrent chercher le fils, ils le virent avec sa jambe cassée. Il put donc rester à la maison. Et rester en vie alors que la plupart des jeunes gens moururent à la guerre.
Bien ou mal, qui sait?

Il n’y a pas que la souffrance physique. Les souffrances morales sont souvent pires que les physiques. La souffrance est aussi un bon maître pour notre édification et notre maturité. Nous le savons de la vie de grandes personnalités telles que les prophètes, les saints et d’autres grandes figures d’hommes et de femmes dans l’histoire du monde. Le souffrant peut se rapprocher d‘une expérience divine lorsqu’il réalise aussi la dimension surnaturelle de la vie.
Dans le christianisme la question du sens de la souffrance n’est compréhensible que si nous intégrons l’oeuvre rédemptrice de Jésus. Notre souffrance ne trouve son sens que dans le contexte de la souffrance du Christ. La souffrance du Fils de Dieu en croix a pour toujours vaincu la mort. La souffrance humaine revêt une signification salvatrice. Si notre souffrance se fond avec celle de Dieu, il en découle un bien qui vainc le mal.
En fin de compte la souffrance reste mystérieuse, comme Dieu Lui-même est mystérieux. La souffrance souligne aussi notre impuissance devant Dieu et notre incapacité à maîtriser la création de Dieu. Elle rend manifeste l’expérience des limites de la puissance humaine devant la création. La souffrance peut nous aider aussi dans l‘épreuve à nous souvenir de Dieu et à nous accrocher à Lui. Les phénomènes naturels, bons ou mauvais, peuvent nous mener à la méditation silencieuse et à la réflexion. Ils découlent de la nature. Vivre naturellement, c’est-à-dire en accord avec les lois de la nature et de l’esprit, est un art qui permet de préserver son équilibre en toute situation et de ressentir la vie comme étant toujours digne d’être vécue.
Lâcher prise pour goûter les côtés lumineux et sombres de la vie, voilà le grand privilège de la maturité.

20 - PAR PURE BONTÉ – LA GUÉRISON


Aujourd’hui on prône „l’amour“. Et Noël, au sens chrétien du mot, est la fête de l’amour. Dieu a tant aimé les hommes qu’Il s’est fait homme Lui-même et a ainsi réconcilié l’humanité avec Lui-même.

Nous autres humains manifestons notre amour lorsque nous nous faisons réciproquement plaisir sans calcul égoïste. C’est pourquoi nous échangeons des cadeaux. C’est pourquoi nous décorons les maisons et créons une ambiance particulière dans les pièces. Et poutant quel est le plus beau, le meilleur cadeau que nous puissions transmettre? Il y en a un grand, oui, un cadeau à dimension divine que nous pouvons offrir, un cadeau que Dieu nous a révélé et montré en se faisant homme. Je parle de la réconciliation, du pardon. Notre pardon nous rend véritablement à l’image de Dieu; ainsi nous poursuivons ce que Dieu a initié.
Pardonner et comprendre ne font qu‘un. Beaucoup veulent comprendre et puis pardonner. Pourtant l’ordre est en fait à l’inverse: faisons le premier pas et pardonnons, alors nous comprendrons! Un jour deux moines contemplaient dans l’eau cristalline de l’étang des poissons qui nageaient et jouaient. „Que ces poissons sont enjoués et heureux. Ils dansent de joie.“ „Comment sais-tu que ces poissons sont joyeux? Tu n’en es pas un!“ „ Et comment sais-tu que je ne le sais pas? Tu n’es pas moi.“ Fin de la discussion.
Oui, chaque homme est unique. Aucun ne ressemble tout à fait à un autre. Chacun ressent, pense et réagit autrement. C’est là la cause des tensions et des conflits. Si je peux accepter l’autre tel qu’il est, si je suis prêt à lui pardonner et à l’accepter tel qu’il est, un nouveau monde s’ouvrira et de nouvelles perspectives se feront jour.
Beaucoup de gens souffrent de ne pas pouvoir et de ne pas vouloir pardonner. Cela mène à des problèmes de contact, des tensions et des conflits. Ce n’est qu’à partir du moment où je peux accepter l’autre dans sa différence qu‘une vie paisible en commun devient vraiment possible. Je me souviens d’un jeune moine, un type vraiment difficile. Le père abbé lui répétait: „Cher frère, change, change donc!“ Mais il ne changea jamais. Il resta toujours buté. Au fil du temps arriva un autre Supérieur qui lui assura: „Cher frère, ne change pas. Je t’accepte et je t’aime tel que tu es!“ Le soir même le jeune moine annonça à ses frères: „Aucun abbé auparavant ne m’a jamais dit qu’il m’aimait et m’acceptait comme je suis. Cela m’a transformé. Dès aujourd’hui je vais changer.“
Notre vie est pleine de possibilités et d’opportunités favorables à nous réconcilier avec les autres, à pardonner à notre prochain, à susciter la paix. C’est là vraiment un cadeau tout à fait bien choisi pour Noël.
Il est toujours difficile de faire le premier pas. Pourtant les longs voyages commencent aussi par un premier pas. Qui le risque? Faire un sourire, envoyer un petit mot, inviter à un repas… Il est humain de pécher, c’est de pardonner qui est divin! Le pardon fait des miracles. Noël est en réalité la fête de la réconciliation. Dieu nous a réconciliés avec Lui et les uns avec les autres.
Pardonner signifie aussi un peu s’oublier soi-même, un peu se sacrifier. Une nouvelle société, une nouvelle humanité, un nouveau monde sont toujours possibles là où les hommes osent se renouveler eux-mêmes, là où nous autres humains reconnaissons notre prochain dans les autres.
Pensons à ce qui est bon et beau, pensons au pardon et à la réconciliation, à être bons et aimables. Tout vient du coeur. Car on ne voit bien qu’avec le coeur. Pensons avec notre coeur, alors nous comprendrons les hommes. Tout se trouve dans le coeur. Car le coeur éclaire la raison. Le plus beau reste caché aux yeux. Une fois que le coeur est complètement libéré de la méfiance et de l’égoïsme, le chemin de la paix se trouve aplani. Un peu de lumière vient éclairer l’obscurité. Et nous pouvons dire: „ Voilà que tu apportes de la lumière dans l’obscurité de ma vie!“
Le pardon n’est pas un signe de faiblesse, mais bien plutôt une grâce qui nous place au-dessus de nos ennemis.

Un jour le président américain Abraham Lincoln était troublé parce qu’il avait perdu la guerre. Ses conseillers lui dirent: „Monsieur le Président, vous devez être plus dur et anéantir vos ennemis“ A quoi ce dernier répondit qu’il avait déjà anéanti ses ennemis en en faisant ses amis.“ Le pardon ne nous libère pas seulement des puissances du Mal qui nous causent du tord et nous blessent. Le pardon rompt le cercle vicieux de la revanche. Pardonner nous libère des vexations et finit par guérir nos blessures. Cela rend alors possible une vie communautaire les uns au service des autres.
Une femme juive qui avait horriblement souffert en camp de concentration – son mari et ses enfants y avaient été exécutés, elle seule avait survécu – s’engagea après la guerre pour la réconciliation et le pardon. A la fin d‘une conférence sur ce sujet un homme vint vers elle et la félicita. Elle rconnut en lui l’ancien officier nazi qui l’avait torturée et avait tué son mari. Elle fut choquée et paralysée au point qu’elle se trouva incapable de lui tendre la main. Non, elle n’arrivait pas à lui pardonner. Pleine de rage elle ferma les yeux. Soudain elle reconnut qu’elle prêchait la réconciliation et la paix alors qu’elle-même ne pouvait pas pardonner! Pourquoi? Elle fit silence pour prier. Renforcée intérieurement elle décida immédiatement de pardonner à son ennemi. Elle l’embrassa et pardonna. Une liberté et une légèreté intérieures l’envahirent.

Puisse notre disposition et notre joie à pardonner être contagieuses. La joie n'abolit pas l’obscurité. Mais tout se voit dans une nouvelle perspective. Que l’anticipation de la Nuit de Noël soit marquée par le pardon. Alors la lumière de Noël ne brillera pas seulement dans nos maisons, mais aussi dans nos coeurs.



Vivre pour autrui

et découvrir la plénitude

de la vie en Dieu.

21 - MÉDITATION D‘AUTOMNE


Automne

Les feuilles tombent, comme venant de loin,
comme si de lointains jardins fanaient au ciel,
elles tombent dans un mouvement d’abandon.
Et la nuit la terre lourde
tombe de tous les astres en solitude.
Tous nous tombons.
Cette main aussi tombe.
Et vois les autres: il en va ainsi de tout.
Et pourtant il en est Un
Qui retient tendrement cette chute
Dans Ses mains.
                                             Rainer Maria Rilke

Un jeune désespéré demande à son maître: „ Pourquoi y a-t-il dans le monde tant de corruption, de misère, de guerres et de répressions?“ La réponse du maître: „Parce que les hommes ne savent plus lire un livre non écrit.“ „ Mais aujourd’hui ils ne lisent même plus ce qui est écrit, répliqua le garçon, comment sauraient-ils lire ce qui ne l’est pas?“ Là-dessus le maître explique: „Le livre non écrit, ce sont le chant des oiseaux, les palpitations de la forêt, le murmure du vent, le grésillement des insectes – toute la création. Seulement nous autres avons désappris à le lire. La création entière annonce la gloire de Dieu. La question est de savoir si nous ouvrons nos yeux et nos oreilles pour le percevoir. Ce n’est que le coeur ouvert et bien disposé que nous pouvons être conscients de ces merveilles. Oui, la création entière chante, joue, jubile et danse de joie.
L’été est déjà passé, les vacances aussi. Une nouvelle saison, l’automne a commencé. On voit, on sent la transformation de la nature, l’évolution du temps : les feuilles se font multicolores, les fruits mûrissent, le ciel revêt un autre bleu, le soleil faiblit, les jours deviennent plus courts, les nuits plus froides. L’homme, „couronne de la création de Dieu“, - microcosmes et macrocosmes compris – possède aussi la faculté de lire dans la création et de se reconnaître lui-même comme partie intégrante de l’ensemble.

Et pourtant beaucoup de gens se plaignent, ceux pour qui le temps et l‘envie de l’extrordinaire comme du quotidien ont disparu. Pourquoi? Parce qu’ils ont perdu la faculté de rester silencieux et de découvrir l’éclat de l’éternité dans la musique. D’être là simplement avec le ciel en haut, la terre en bas. D’être attentifs aux fleurs, aux oiseaux, aux animaux et aux gens, par le regard, l‘écoute, l’odeur, le contact et la saveur.
Tel est mon désir pour nous tous, que nous sachions considérer Dieu, l’homme et le cosmos comme une entité harmonieuse et y trouver ainsi la joie et la sérénité. La musique nous en donne une clef: elle ne connaît ni nationalité, ni race, ni religion. La musique est éternelle et universelle.

Il y a eu dans le passé de grands hommes qui ont apporté au monde du bonheur et des bénédictions. Pensons à Confucius qui vivait en Chine quelque 600 ans avant Jésus-Christ. Il révéla une vérité éternelle:  "Ne fais pas à ton prochain, ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse“. Bouddha, qui vivait aussi 600 ans avant Jésus-Christ, éveilla dans le coeur de l’homme le sens de la bonté et de la miséricorde. Et Jésus, qui n’a pas seulement enseigné d’aimer ses ennemis, mais qui nous en a aussi donné l’exemple. Mourant sur la croix il a donné vie à son enseignement en pardonnant et en priant pour ses pires ennemis. Jésus nous invite encore aujourd’hui à faire ce que Confucius déjà enseignait: „ Traite les autres comme tu aimerais qu’ils te traitent.“
Depuis 2000 ans des hommes ont toujours essayé à travers le monde d’incarner cet amour et de le vivre. Tels un Maximilien Kolbe, une Mère Teresa et de nombreux hommes et femmes connus et inconnus. Ils sont pour nous aujourd’hui une lumière allumée dans l’obscurité de notre temps. Ne gaspillons pas de temps avec des soucis inutiles ou bien en vivant sur le passé ou en attendant demain ou après-demain. Apprenons l’art de vivre ici et maintenant.
Le pianiste Nasrudin jouait toujours sur la même note devant un grand public: „Pourquoi jouez-vous toujours sur la même note?“ lui demanda-t-on. Nasrudin répondit: „Ce sont les fous qui changent toujours de note. Moi, j’ai trouvé la note juste.“
Chers amis, avons-nous trouvé la note juste pour notre „méditation d’automne“? Savons-nous maintenant un peu mieux lire „le livre non écrit“?
Je nous le souhaite à vous et à moi – de tout coeur!

22 - LE CIEL ET LA TERRE ... DANS NOTRE PROPRE COEUR



Aujourd’hui nous fêtons l’Ascension. A ce sujet j’aimerais vous raconter une petite histoire, vous dire ce qui s’est vraiment passé au ciel. Un jour Jésus alla à une fête et ne retourna que très tard au ciel. Là il vit entrer une foule de gens. Il fit appeler saint Pierre et le gronda: „Pierre la nuit j’aimerais avoir la paix. Je te prie de ne plus laisser entrer personne après 10.00 heures du soir.““Bien Seigneur“, répondit Saint Pierre. Peu de temps après Jésus rentra encore une fois tard et vit à nouveau une foule enter au ciel. Il fit encore venir Saint Pierre et le réprimenda très déçu: „Je t’avais fait confiance et même donné les clefs du paradis. Pourquoi ne respectes-tu pas mes ordres?“ „Mais Seigneur, le problème ne vient pas de moi mais de ta mère. A chaque fois que je ferme la porte elle ouvre la fenêtre.“ Cette histoire veut montrer que le coeur d’une mère ne connaît pas de limites. Remercions toutes nos mères, aujourd’hui, demain, le jour de la Fête des Mères – et tous les jours qui suivront…
Lorsque nous parlons du Royaume de Dieu, nous pensons que le ciel se trouve „très haut“ et très éloigné de nous. La tradition indienne représente un arbre qui aurait poussé à l’envers, ses racines ancrées dans le ciel et ses rameaux s’étalant sous la terre. Ce peut être compris comme symbole de la force vitale du soleil pour le corps, et comme symbole de la lumière spirituelle pour l’âme. La Parole divine des Hindous – la Bhagavad Gita - interprète aussi l’arbre inversé comme symbole de l’épanouissement de tous les êtres à partir d’une même origine: les racines sont le fondement de toutes les manifestations qui en découlent, les rameaux sont les réalisations concrètes et détaillées issues de ce fondement. L’arbre inversé se rencontre aussi comme arbre de vie dans la Kabbala ou dans l’Islam comme arbre du bonheur.
La psychanalyse voit dans l’arbre un symbole important souvent mis en relation avec la mère, avec l’épanouissement mental et spirituel ou encore avec la mort et la nouvelle naissance. Tout homme est appelé à devenir saint, à construire le ciel ici et maintenant.
Les mystiques et les poètes de l’Inde se reposent toujours la question de savoir en quoi consiste la sainteté. Ce faisant ils découvrent de magnifiques réponses poétiques, comme Antony de Mello le décrit: „Un saint ressemble à une rose!“ Avez-vous jamais entendu une rose dire qu’elle répandait son parfum pour les bons seulement, pour ceux qui la respirent, et non pour les méchants à qui elle le refuserait? Non, jamais. Il est dans la nature de la rose de sentir bon.
„Un saint est semblable à un arbre qui dispense son ombre aux bons et aux méchants.“ L’arbre dispense son ombre à tous, même à celui qui l’abat. On reconnaît ici exprimée symboliquement l’efficacité d’un saint. Nous pouvons compléter ceci avec une histoire tirée de la culture chrétienne. Un incendie éclata un jour dans une grande église. Le curé appela les pompiers et beaucoup d’hommes vinrent pour éteindre le feu. Parmi eux il reconnut aussi l’un de ses paroissiens. Le prêtre le salua avec ces mots: „Jean, il y a des années que je ne t’ai plus vu à l’église.“ „C’est vrai, répondit-il, mais cela fait aussi des années qu’il n’y a plus eu d’incendie dans l’église!“
De nos jours nous avons besoin d’un autre genre de feu, le feu de l’Esprit-Saint. Les chrétiens n’ont besoin aujourd’hui de rien de plus urgent que cela: l’esprit de Jésus-Christ, l‘Esprit-saint. L’Eglise a moins besoin aujourd’hui d’une nouvelle théologie, de nouveaux rituels ni de nouvelles structures, mais il lui faut cet esprit qui donne la vie. Sans cet esprit l’église serait sans vie, telle un corps sans âme.
Pour être enthousiastes, inspirés et pour vivre pleinement nous avons besoin de l’Esprit-Saint. Il nous faut aujourd’hui dans l’Eglise – et naturellement aussi en dehors – des hommes et des femmes „pleins d’esprit“.
Les montagnes de l’ignorance doivent être aplanies pour combler de sagesse la vallée de l’humanité.



Ayons le courage de l’humilité

car elle est une merveilleuse

force intérieure ignorée.

Elle libère les hommes de l’envie,

de la volonté de puissance et de l’avidité.

C’est un grand défi lancé

aux assoiffés de puissance de notre temps.

23 - LE COEUR JOYEUX



Soyons gais, car la gaîté ne coûte rien. Mais qui donc vit au pays des êtres joyeux? La première chanson allemande que j’aie apprise était: „Il coûte peu d’être joyeux, et est roi celui qui l’est!“ Oui, la joie, la gaîté, la sainteté, l’intériorité- ce sont des dons du coeur. La sainteté est chaleureuse. Saint François de Sales disait qu’un saint triste est un triste saint. La gaîté ressemble à un rayon venu de l’intérieur, une étincelle divine qui brille et éclaire.
Pensons à l’enfant qui vient de naître. Qui s’en réjouit? Les parents, la parenté et les amis. Et pourtant qui souffre? L’enfant lui-même. Il crie et pleure, car il perd la sécurité du corps de sa mère. Et lorsque quelqu’un meurt, qui se réjouit alors? Le mourant, car s'il sait qu'en existant  il a pu rendu service à l’humanité, il n’a pas à être triste de partir. Mais qui est triste? Sa famille. Ils savent avoir perdu un être cher dont l’absence appauvrit quelque peu le monde. Les Hindous affirment que les hommes ne meurent pas mais nous quittent et continuent de vivre à travers les oeuvres de leurs mains. Plus nous donnons, plus nous recevons. Saint Paul nous dit qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Tout ce que nous aurons fait de bien a valeur d’éternité. Offrons notre coeur et nous recevrons les coeurs en retour.

Aux gens disposés à la gaîté, tout semble gai, car la gaîté engendre un monde plus gai. Un monde de clarté, de lumière, de joie et de bilans positifs. Dieu règne dans une lumière insondable, dépourvue de toute obscurité, de récriminations sur le passé, de rêves d’avenir, seule demeure l’éternelle joie du présent au coeur des souffrances et des joies de la vie. Voilà l’art de vivre. Il y a dans la vie des situations offensantes et blessantes. Que devons-nous faire? Nous venger, rendre la pareille? Non. Ce serait indigne. Demandons-nous qui peut réellement nous atteindre? Personne ne le peut à moins que je ne l’y autorise. En ce sens il est sûrement enrichissant de vivre entouré de malentendus et de critiques. Cela nous donne la possibilité de nous entraîner à la patience, au pardon et à faire des amis de nos ennemis.
On ne peut ni créer la gaîté ni l’acheter. On ne peut tout obtenir par l’argent. On n’en reçoit que ce qui a valeur d’argent. Ce qui a une valeur véritable, comme un bon caractère, ne s’acquiert pas avec l’argent. Il est bien sûr confortable d’avoir de l’argent pour combler tous ses désirs matériels. Mais l’homme ne doit pas pour autant oublier la valeur des choses que l’on ne peut acheter. L’amitié vraie et l’amour ne s’achètent pas, pas plus que la paix intérieure et l’équilibre.
La gaîté est contagieuse. Elle n’ignore pas les gémissements ni les tribulations du monde. Il ne s’agit pas de se fermer les yeux. Les personnes gaies voient simplement la vie sous un autre angle: sous celui de l’intériorisation, du fondement même de l’âme. Dans la perspective de Dieu, telle que les saints et les sages en ont donné l’exemple. Devant la critique sans coeur je me rappelle cette parole de saint Don Bosco: „Soyons gai, faisons le bien et laissons siffler les oiseaux.“ Par ta gaîté, répands la gaîté. Alors tu brilleras et le monde autour de toi en sera éclairé et plus heureux.

La joie, telle l’étincelle divine,
éclaire et se propage.
La joie est profusion de lumière,
elle chasse l’obscurité de l’âme.

La joie – venue du coeur,
grandie dans la pensée,
habillée de paroles,
manifestée en actes,
joyau noble et divin.


La joie, telle l’étincelle divine,
offerte sans un mot et sans frontières,
illumine toute ta vie.
Flamme de gaîté,
flamme du divin.

La peur est l’antithèse du courage. La pire peur est la peur de toi-même. Laisse-la de côté et jouis dans le calme et la liberté de ce que t’offre le quotidien.

24 - MUSIQUE CÉLESTE


La prière comme musique céleste est une prière du coeur, un dialogue mystique. L’amour doit inciter le coeur à produire une musique vivante. L’amour ressemble à une prière, une passerelle vers Dieu. Saint Augustin comprend ainsi le secret de la prière: Dieu pose son oreille sur notre coeur. Laisser Dieu poser son oreille sur notre coeur, poser notre oreille sur le coeur de Dieu, voilà la vraie prière. C’est pourquoi nous disons que Dieu est Amour. L’amour est le moyen merveilleux qui fait vibrer les coeurs.
Cette musique du coeur transforme toute l’existence, elle instaure une relation avec Dieu et les hommes, elle met un peu de ciel sur la terre. La vie est le don que Dieu nous fait, et la musique du coeur est notre don à Dieu. Le coeur des personnes éclairées ressemble à la musique, ce coeur ne rejette rien, il est ouvert et présent pour autrui. La musique la plus noble est celle du coeur qui s’élève vers le ciel! Faisons toujours vibrer cette musique du coeur pour relier le ciel et la terre.
Lors de son séjour à Paris Rainer Maria Rilke passait chaque jour vers midi accompagné d’une jeune Française devant une vieille mendiante. Muette et immobile la vieille restait assise là et recevait l'obole des passants sans le moindre signe de reconnaissance. A la surprise de son accompagnatrice qui avait toujours quelques piécettes prêtes, le poète ne lui donnait rien. A sa question discrète il répondit qu’on devrait donner à son coeur et non dans sa main. Un jour suivant Rilke apparut avec une magnifique rose à-demi éclose. Oh, pensa la jeune fille, une fleur pour moi, qu'elle est belle! Cependant il déposa la rose dans la main de la mendiante. Alors se produisit une chose extrordinaire: la vieille femme se leva, lui saisit la main, la baisa et s’en alla avec la rose. Elle ne reparut pas de la semaine. Puis elle revint s’asseoir à sa place, en silence, immobile comme auparavant. „De quoi a-t-elle vécu toutes ces journées?“ Rilke répondit: „De la rose!“

Anthony de Mello a dit un jour: L’amour revient à écouter une symphonie. À être réceptif à tous les sons qui composent la symphonie. Cela signifie avoir un coeur ouvert à tous et à tout. Pouvez-vous vous imaginer entendre un concert symphonique en n’écoutant que la grosse caisse? Ou bien en accordant à la grosse caisse une importance telle que les autres instruments disparaissent presque? Un vrai mélomane prêtera attention à tous les instruments, même s’il a une préférence pour un instrument.
La prière s’élève comme la fumée et la grâce descend comme la pluie. Le priant suscite la grâce du ciel. La prière signifie communion avec Dieu, avec Jésus, communion avec l’humanité entière – vivante ou morte. La force de la prière transcende l’espace et le temps.
Prier signifie aussi dire du bien et agir en conséquence. Intérioriser aussi avec les yeux et les oreilles, avec tous nos sens, pour connaître le divin éclat du ciel. Les plus grands musiciens ont été des hommes religieux. Jean Sébastien Bach était inspiré du ciel, de même qu’Anton Bruckner, César Franck et bien d’autres. Ils étaient attentifs aux mélodies du ciel, se nourissaient de tonalités célestes, ils se laissaient inspirer par Dieu.
La prière est musique, la musique est prière, jaillie de l’intérieur, du fin fond des profondeurs.
Honneur et gloire à Toi toujours

Seigneur vivant pour l’Eternité.

25 - CULTURE DU COEUR



Dans notre culture le mois de mai est un mois bien particulier de l’année liturgique: nous saluons la fête du Travail, l’Ascension, la Fête des Mères et la Pentecôte. De plus le mois de mai se veut le „mois de Marie“, le mois du mariage, le joli mois et le mois de la Confirmation. Et puis oui – on sent enfin le printemps après les caprices du temps d’avril!
Ainsi le décrit Ludwig Uhland dans son poème:

Croire au printemps

Les brises suaves se réveillent.
Elles frémissent et dérivent jour et nuit.
De toutes parts elles s’activent.
Effluves fraîches, nouvelles rumeurs!
Allons, pauvre coeur, apaise-toi!
Désormais tout doit changer.


Chaque jour embellit le monde.
Qui sait ce qui doit encore poindre?
La floraison n’en finit pas
Jusqu’au fond des vallées.
Allons, pauvre coeur, oublie l’épreuve!
Désormais tout doit changer
                                                 Ludwig Uhland

Je comprends pourquoi Ludwig Uhland a nommé son poème „Croire au printemps“. Toutes nos fêtes de printemps ont trait au renouveau et au nouvel élan de la vie. Non seulement Pâques mais aussi l’Ascension et la Pentecôte. Le printemps est la saison qui nous replace toujours sous les yeux la victoire de la chaleur sur le froid, de la lumière sur l’obscurité, de la vie sur la mort. Chaque rameau encore sec et dénudé ces jours derniers, s’est mis à fleurir, a repris vie. Cela se traduit aussi dans la musique.
L’aspiration à l’amour
L’aspiration à être un autre homme
L’aspiration à Dieu
L’aspiration, le désir, est l’une des clefs de la relation de l’homme à Dieu. Elle dépasse les limites de ce monde et de l’Au-delà. L’aspiration est le rêve d’union à Dieu. Être uni à Dieu signifie se laisser rejoindre par Dieu dans la confiance. La poétesse Hilde Domin l’a exprimé très justement dans un court poème:

Sans faiblir, doucement,
comme pour l'oiseau –
tendre la main
pour le miracle.

Je ne crois pas que l’on puisse plus joliment traduire en mots la Bonne Nouvelle de l’Ascension, de la Fête des Mères et de la Pentecôte. Ni que l’on puisse plus joliment remercier nos musiciens pour leurs magnifiques et apaisantes performances. On ne peut non plus mieux remercier les amis des „Méditations musicales“ ainsi que les lecteurs et lectrices de ce petit livre.
Et je ne peux pas mieux moi-même vous laisser partir dans la nuit et les jours à venir:

Sans faiblir, doucement,
comme pour l'oiseau –
tendre la main
pour le miracle.

Prier avec le coeur, chanter avec le coeur, fêter avec le coeur, vivre et aimer de tout son coeur.

UNE NOUVELLE CULTURE


Je me souviens d’un homme qui était toujours ivre. Sa femme était désespérée. Un jour qu’il était rentré à la maison complètement ivre, il avait battu sa femme. Celle-ci lui dit: „Tu bois, tu bois encore, tu es pire qu’un animal“ Ce à quoi l’homme avait ri et répondu: „ C’est toi l’animal, pas moi. Je suis un homme.“ „Pourtant je ne bois pas comme toi“ avait-elle rétorqué. Et lui: „Mais regarde, un animal boit seulement quand il a soif. Moi je bois quand je veux.“
Qu’est-ce qui distingue l’homme de l’animal? L’homme dispose d’un énorme potentiel. Il peut penser et décider. Il possède un coeur capable de saisir l’immensité infinie. Il est doué de raison et de réflexion. Pour comprendre la vérité, l’homme doit faire s'harmoniser son coeur et sa raison. Il en découle la sagesse du coeur. L’ultime beauté se voit et se vit par le coeur, elle est inaccessible à la raison. La vérité se saisit lorsque coeur et raison s’harmonisent. L’être en harmonie s’écrie: „O Dieu de mon coeur“.
Il nous faut de nos jours une nouvelle culture, une culture cordiale et humaine résultant d‘un échange de paradigmes du Tout-Moi jusqu’au Toi, de la Raison-seule au mouvement du coeur, de la culture de tête à la culture de coeur.

FIN